Le cimetière du fleuve

Par Samantha McBeth | 8 octobre 2014| Le Saint-Laurent
4422 - I - Crédit photo Émilie B. Guérette Épave du Calou, à Anticosti Épave du Calou, à Anticosti
4423 - I - Crédit photo Emilie B. Guérette Cartes des épaves échouées à Anticosti, avec des pièces de monnaie variées retrouvées sur ces sites Cartes des épaves échouées à Anticosti, avec des pièces de monnaie variées retrouvées sur ces sites
4424 - I - Crédit photo Samantha McBeth Sedna IV naviguant dans la vallée du Saint-Laurent Sedna IV naviguant dans la vallée du Saint-Laurent
4425 - I - Crédit photo Samantha McBeth La navigation près de l'Isle-aux-Coudres est dangereuse et nécessite un pilote pour les navires étrangers. La navigation près de l'Isle-aux-Coudres est dangereuse et nécessite un pilote pour les navires étrangers.
4421 - I - Crédit photo Samantha McBeth La plage devant Port-Menier La plage devant Port-Menier
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Le Sedna IV a belle parure au sein d’une vallée du Saint-Laurent qui brille de couleurs automnales. Les collines d’émeraudes, d’or et de feu révèlent les coquets villages riverains du fleuve. Le beau temps nous suit et l’air sent subtilement le sel et les feuilles sèches. Comme nous avons passé notre été dans l’Arctique canadien, nous profitons pleinement de cet été Indien. Dès les tâches de chacun accomplies, l’équipage, bien conscient d’être à ses derniers jours ensemble, passe donc le plus de temps possible sur le pont à contempler le paysage qui s’écoule doucement et à partager anecdotes et souvenirs en bonne compagnie.

Malgré la beauté de ce tableau québécois, le capitaine Dany et le premier officier Guy restent vigilants. Cette voie maritime est très fréquentée et la navigation dans le fleuve est une pratique hasardeuse. Courants, hauts-fonds, récifs, marées et brouillard ainsi qu’une météo au potentiel de changement très rapide surtout en automne, la caractérisent. Voilà pourquoi la présence de phares sur les caps et de piliers-phares depuis 1809 a été d’une importance capitale. Mais malgré cela, les eaux du Saint-Laurent cachent une véritable armada de bateaux ayant succombé à des accidents. L’île d’Anticosti en particulier est surnommée « le cimetière du fleuve » à cause de ses plus de 600 épaves échouées datant de toutes les époques. Son plateau rocheux, haut-fond difficilement perceptible, qui s’étend à plus d’un kilomètre tout autour de l’île a contribué à tous ces naufrages. D’ailleurs, les premiers habitants d’Anticosti ont été les gardiens de phares.

Sans compter Anticosti, le fleuve contient lui aussi son lot d’épaves. La toponymie de la Basse-Côte-Nord et de la Minganie porte les traces des nombreux navires européens et basques qui sont venus briser leurs coques sur les rochers et les îles. À l’époque de la Nouvelle-France, on choisit de ne pas ériger de phares pour éviter une invasion maritime par les Anglais qui ne connaissaient pas la voie navigable. C’est ainsi que des endroits tel la Pointe-aux-Anglais entre Baie-Comeau et Tadoussac, où s’échouèrent 8 navires de la flotte britannique sur les récifs, témoigne des accidents navals du passé. Le tristement célèbre paquebot Empress of Ireland gît sous 42 mètres d’eau à Sainte-Luce-sur-Mer, près de Rimouski. Il a fait naufrage, il y a 100 ans cette année, par une soirée de brume. De nombreux vaisseaux marchands et de guerres ont également été victimes des U-Boot (sous-marins allemands) lors de la 2e Guerre mondiale.

De nos jours, des plongeurs viennent de partout pour visiter les énormes épaves cachées sous la surface. L’eau particulièrement froide et peu oxygénée des profondeurs du Saint-Laurent permet de préserver même les plus vieilles épaves en bois, constituant un trésor historique. Beaucoup d’épaves ne sont pas encore explorées mais seuls les restes de navires situés loin sous l’eau survivent aux glaces d’hiver. Un secret très bien gardé du fleuve, difficilement accessible même pour le plus doué des chasseurs d’épaves.

Encore aujourd’hui, malgré les radars et les GPS, les eaux du Saint-Laurent restent périlleuses pour ceux qui ne savent pas la naviguer aussi bien que nos officiers du Sedna IV. La navigation entre Les Escoumins, Québec, Trois-Rivières et Montréal requiert trois postes de pilotage le long du fleuve, permettant d’envoyer à bord un pilote pour maintenir la sécurité du navire durant toutes ces étapes difficiles. Malgré ce risque, voyager sur les eaux du fleuve constitue selon moi la meilleure façon d’explorer le cœur de notre belle province.

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