Prise de taille

Par Samantha McBeth | 29 mai 2017| Le Saint-Laurent
4345 - I - Crédit photo Alex John Borowicz Un rorqual à bosse bridé par le cordage d'un casier de pêche Un rorqual à bosse bridé par le cordage d'un casier de pêche
4348 - I - Crédit photo Jean-Guy Thériault La tortue luth a la bouée et la ligne autour du cou La tortue luth a la bouée et la ligne autour du cou
4347 - I - Crédit photo Jean-Guy Thériault Approche de la tortue luth en détresse par la garde côtière et des agents de Parcs Canada Approche de la tortue luth en détresse par la garde côtière et des agents de Parcs Canada
4346 - I - Crédit photo Jean-Guy Thériault La tortue luth s'est empêtrée avec la ligne d'un piège à buccins, entraînant l'engin de pêche avec elle. La tortue luth s'est empêtrée avec la ligne d'un piège à buccins, entraînant l'engin de pêche avec elle.
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« Elle s’appelle Clémentine, » m’annonce fièrement notre capitaine Dany Boudreault, tablette électronique à la main. La photo de ladite Clémentine aurait été prise il y a quelques semaines à partir d’une embarcation pneumatique. Il s’agit d’une tortue luth, prisonnière d’une bouée bien en vue autour de son cou. Un pêcheur qui l’avait aperçue près de Havre-aux-Maisons, au large des Îles-de-la-Madeleine, s’était empressé de contacter la Garde côtière canadienne pour signaler la position de l’animal en détresse. C’est le navire NGCC Agapit Leblanc et son capitaine … Dany Boudreault (poste qu’il occupait avant de venir sur le Sedna IV ), qui répondit à l’appel. Le temps était compté pour cette tortue prise dans un piège à buccins.

Durant sa navigation dans les eaux du Saint-Laurent, le Sedna IV a observé plusieurs bouées de pêche, souvent seuls signes de vie humaine dans la vaste étendue du golfe. Ces bouées, très visibles à la surface des flots, indiquent l’emplacement d’engins de pêche, et portent l’immatriculation du propriétaire. Sous la surface de l’eau, celles-ci sont reliées solidement, soit à un casier à homards ou à crabes des neiges ou encore à un filet calé ou à une palangre (séries d’hameçons accrochés à une ligne mère). Nous en apercevons plusieurs au banc où nous nous trouvons en ce moment, car ces endroits sont des oasis de richesses en mer, où il est possible aussi de trouver des cétacés. Malheureusement, cette cohabitation d’engins de pêche et d’espèces marines ne fait pas bon ménage.

Chaque année, des oiseaux marins, des requins, des tortues luth et des mammifères marins sont pris accidentellement dans des cordages ou des filets abandonnés à la dérive. Chez certaines espèces bien documentées comme la baleine noire de l’Atlantique qui est d’ailleurs en voie de disparition, près de 90 % des individus portent sur leur corps des cicatrices témoignant d’empêtrements avec ces engins de pêche. Sous l’eau, les lignes et les filets sont difficilement détectables. Elles peuvent s’enrouler autour de la queue d’une baleine ou de ses nageoires et même elles peuvent se retrouver dans sa gueule. Une grande baleine empêtrée a peu d’options si elle ne réussit pas à se libérer : elle sera soit asphyxiée, si elle n’est pas en mesure de remonter à la surface, soit blessée mortellement par les énormes cordages. Et, advenant le cas où elle réussit à se sauver avec l’engin, elle risquera de mourir d’épuisement à force de traîner avec elle des casiers, des lignes ou des bouées pendant des kilomètres.

Le groupe Whale Release and Strandings (WRS) a été mis en place en 1979 pour venir en aide aux pêcheurs de Terre-Neuve et Labrador qui prennent accidentellement un cétacé. L’objectif de ce groupe est de libérer un animal en détresse sans détruire les engins de pêche coûteux qui servent de gagne-pain aux pêcheurs. Depuis le moratoire sur la pêche à la morue en 1992, le nombre d’empêtrements semble avoir diminué le long des côtes, et ce, possiblement à cause du changement du type de pêche dans le golfe, passant des filets à morue à des casiers à crustacés déposés loin au large. Wayne Ledwell, du groupe WRS, explique qu’ils ont été très occupés à répondre aux appels des pêcheurs cet été. Leur technique pour libérer les cétacés des filets consiste d’abord à regarder sous l’eau à l’aide d’un masque, afin d’analyser la situation, car l’opération est risquée. Puis, après avoir positionné le bateau de façon sécuritaire, leurs experts utilisent avec précaution des gaffes spécialisées (perches munies de ciseaux) pour tenter de libérer l’animal des filets. Ceux-ci sont surtout des rorquals à bosse et des petits rorquals et sont parmi les grandes baleines les plus abondantes dans le golfe Saint-Laurent.

Dans la partie québécoise du golfe, le sauvetage est coordonné par le Réseau québécois Urgence mammifères marins, qui compte de 3 à 20 baleines empêtrées par année. Avant de se joindre au Sedna IV, l’équipe du MICS (Mingan Island Cetacean Study) avait tenté de libérer une baleine à bosse qui se trouvait bridée par un engin de pêche. Le jeune rorqual à bosse mâle avait une ligne prise dans ses fanons, traversant sa gueule et l’empêchant de s’alimenter adéquatement. Tristement, le rorqual à bosse a fui avant que l’équipe du MICS puisse l’aider. D’ailleurs, une baleine prise de telle façon reste dangereuse et, si quelqu’un apercevait un animal en détresse, il est impératif de téléphoner au Réseau au 1-877-722-5346.

Et finalement que s’est-il passé avec Clémentine? Les agents de Conservation & Protection de Pêches et Océan (MPO, avec l’aide des membres du navire NGCC A. Leblanc, ont été capables de démêler la tortue luth, sans avoir à couper la ligne et perdre le piège à buccins. Le pêcheur, quant à lui, a été très soulagé d’avoir pu venir en aide à la tortue, tout en récupérant son important outil de travail.

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