De la pirogue au collier

Par Daphné Laurier Montpetit | 4 juin 2013| Polynésie Française
2698 - I - Crédit photo Daphné Laurier Montpetit Il faut ensuite battre les fibres de coco, en ajoutant de l'eau, pour les séparer. Il faut ensuite battre les fibres de coco, en ajoutant de l'eau, pour les séparer.
2697 - I - Crédit photo Daphné Laurier Montpetit Beaux Os doit grimper aux cocotiers pour en faire tomber les noix de coco. Beaux Os doit grimper aux cocotiers pour en faire tomber les noix de coco.
2700 - I - Crédit photo Daphné Laurier Montpetit Voici l'outil utilisé pour séparer les fibres de coco avant de les faire sécher au soleil. Voici l'outil utilisé pour séparer les fibres de coco avant de les faire sécher au soleil.
2699 - I - Crédit photo Daphné Laurier Montpetit Nous avons rencontré Piri Tua alors qu'il travaillait sur le quai, juste à côté du Sedna IV. Nous avons rencontré Piri Tua alors qu'il travaillait sur le quai, juste à côté du Sedna IV.
2695 - I - Crédit photo Daphné Laurier Montpetit Beaux Os créée les modèles et fait son tressage dans les rues de Papeete. Beaux Os créée les modèles et fait son tressage dans les rues de Papeete.
2696 - I - Crédit photo Daphné Laurier Montpetit Traditionnellement, les cordages en coco servaient à fabriquer des pirogues. Aujourd'hui, elles sont utilisées pour faire des bijoux. Traditionnellement, les cordages en coco servaient à fabriquer des pirogues. Aujourd'hui, elles sont utilisées pour faire des bijoux.
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On ne peut imaginer Tahiti sans cocotier. Le coco prend une place importante dans les légendes, l’alimentation et la culture des Polynésiens. Entre autres choses, la fibre du coco servait traditionnellement à fabriquer des cordages pour tenir les pirogues. Aujourd’hui, les substances naturelles ont été remplacées par de performants matériaux synthétiques et la tradition a été oubliée. Mais pas nécessairement par tout le monde…

Quelques jours avant de quitter Papeete, je croyais avoir tout vu du coco; je me trompais! Au beau milieu des préparatifs de départ, j’ai fait la connaissance de Beaux Os, un créateur de bijoux tahitien, et de son assistant Piri Tua. Ils ont attiré l’attention de l’équipage alors qu’ils tapaient énergiquement sur des morceaux de noix de coco, juste à côté du Sedna IV. Face à nos interrogations, Piri Tua nous a montré les bijoux qu’il fabriquait et nous en a expliqué la confection.

Tout commence avec une noix de coco. Beaux Os est spécialiste dans la cueillette : il grimpe en haut des cocotiers et, avec ses pieds, fait tomber les fruits au sol. Commence alors la fatigante étape du « battage ». À l’aide de massues en bois, Piri Tua frappe la couche fibreuse du coco afin de séparer les brins. Cette tâche est quasi impossible à sec; c’est donc en mouillant abondamment le fruit qu’on parvient à en faire des fils. Les fibres sont laissées à sécher au soleil, puis elles sont tressées. Le résultat est très solide et les cordages peuvent avoir plusieurs épaisseurs.

Plutôt que de construire des pirogues, Beaux Os a préféré concevoir des bijoux. L’idée lui est venue un jour où il regardait l’océan. Devant lui, des hommes avançaient en pirogue et, près d’eux, une noix de coco flottait. Il a alors songé que, si les cordages de coco parvenaient à maîtriser la furie de l’océan, des bijoux de la même matière dans le cou des femmes les empêcheraient … d’imiter l’océan (hum…permettez-moi ici d’être perplexe)! Beaux Os a donc laissé tomber l’enseignement et le journalisme pour se lancer dans cette nouvelle passion. Depuis 28 ans, maintenant, il grimpe régulièrement aux cocotiers et passe ses journées à tresser des cordages de coco, au grand bonheur de ses clients.

Nous avons laissé Tahiti derrière nous et voguons vers d’autres destinations. À mes oreilles, des boucles de Beaux Os… préviendront-elles ma furie de femme? Qui sait? Une chose est certaine, la connexion des Polynésiens avec la biodiversité me manquera, car nous avons beaucoup à apprendre d’eux.

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