Traversées de l’Atlantique

Par Evelyne Daigle | 21 mai 2012| Transit de Horta à Saint-George
279 - I - Crédit photo Sophie Tessier
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Après 15 jours aux Açores, voilà que nous devrons retraverser ce grand océan bleu une deuxième fois, en direction des Bermudes et, pour un périple de 13 jours cette fois ! On appréhende un peu, car la première traversée de l’Atlantique fut, disons, houleuse …
Les marins expérimentés nous disent qu’il faudra refaire à nouveau notre pied marin, car le corps perd la mémoire!

Le 26 avril, nous avions levé l’ancre à Halifax en direction des Açores, et le Sedna IV a parcouru bravement 3024 km, une vague à la fois, à une vitesse moyenne de huit nœuds (ou près de 15 km/h). Pour atteindre ces îles portugaises, foisonnantes de vie marine, il y a un prix à payer : huit jours de traversée avec des vents de 40 nœuds sans relâche et une houle soutenue qui dépassait les trois mètres par endroit… Rapidement, nous avons compris l’expression « se faire le pied marin ».

Lors de ces traversées, chacun d’entre nous doit faire un quart de navigation de deux heures, la nuit, pour aider aux officiers du navire ou tout simplement pour les secouer lorsqu’ils s’endorment ! La vigie consiste principalement à garder un œil attentif aux éléments extérieurs, i.e. trafic maritime, glaces, brouillard, pluie, obstacles en tout genre, vaisseaux extraterrestres ( !) qui pourraient heurter le bateau ou affecter la navigation. Il nous faut aussi faire des rondes de sécurité afin de s’assurer que tout fonctionne rondement, puisque les officiers sont confinés à la timonerie et s’occupent de la navigation. Nous sommes des « yeux » supplémentaires, ce qui est un travail d’une importance capitale.

Ces quarts de nuit sont un moment privilégié, intime, avec eux, dans l’obscurité de la timonerie, où les seuls bruits extérieurs proviennent des vagues et des cliquetis du pilote automatique. Il y a peu d’appels radio au milieu de l’océan, le trafic maritime est plutôt tranquille et ce n’est qu’en se rapprochant des côtes que la présence des autres navires commence se fait sentir.
Dans cette ambiance feutrée (et un peu endormie, avoue-le) nous apprenons les rudiments de la navigation. Les nombreux boutons, chiffres et écrans nous semblent un peu moins étrangers qu’à notre départ. Nous devons apprendre les bases de la sécurité maritime.

On ressent une certaine fierté à traverser, une fois dans sa vie, l’océan Atlantique. Quel sentiment étrange que de se lever un matin et voir autour de soi de l’eau, de l’eau et encore de l’eau, sans voir la terre ferme pendant des jours… Pour certains, ce serait l’équivalent de grimper une montagne célèbre. Dans la force des éléments naturels, quand le bateau bouge beaucoup, on se sent petits, à la merci des vents et notre manque d’expérience nous fait sentir vulnérables, même si on se sait en sécurité.

Ce contact étroit avec les humeurs de l’océan, calme ou tourmentée, j’en rêvais !
M’y voilà, j’y suis ! Evelyne Daigle, un peu verte et malade, mais fière et heureuse…

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